Pour ceux d’entre nous qui ont toujours par devers eux l’édition de 1984 des Vies minuscules de Pierre Michon, Gallimard, collection blanche, lustrée jusqu’à l’ivoire, relue, recuite, cornée, notée, et son hapax de Suarès en exergue («Par malheur, il croit que les petites gens sont plus réels que les autres»), l’édition de poche que voici est une aubaine, qu’on relira, qu’on offrira, qui s’arquera comme une fiasque dans le tiède de nos paletots.
Le livre a vécu douze ans, sans jamais vraiment s'éteindre, ni vraiment étendre sa réputation trop loin au-delà du cercle de ceux qui se flattent de l'aimer et de le faire connaître aux seuls lecteurs méritants. A sa sortie, le livre est salué par un article dans le Monde, discrètement honoré du prix France Culture, puis il s'engourdit, pour quatre ans, bientôt sept («Un récit est fait de neige sous laquelle quelqu'un a de plus en plus froid, comme du temps», a écrit Michon dans Le temps est un grand maigre), puisque à chaque fois que les éditions Verdier (ou plus rarement Gallimard et Fata Morgana) publièrent de courts textes obliques de Michon, comme on souffle sur des braises pour maintenir le minimum vital de la température en deçà du gel de l'encre, à chaque fois, on reparla des Vies minuscules, on élargit le nombre des amateurs, si bien qu'on en vendit 12 000 en douze ans et trois réimpressions.
Vies minuscules est le premier livre de Pierre Michon, son seul texte autobiographique (l'édition originale porte le mot «récit» sur l'a




