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Critique

Ni chagrin ni pitié

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Un universitaire américain est revenu à Clermont-Ferrand, sur les lieux du film d’Ophuls, et a tiré des conclusions moins pessimistes que celles du cinéaste.

Publié le 05/12/1996 à 3h29

Lors de sa sortie sur les écrans en 1971, le Chagrin et la Pitié ap rovoqué un énorme scandale. En proposant une vision démythifiée de la France occupée, resté interdit d’antenne de longues années durant, le film de Marcel Ophuls opposait quelques fausses notes à la réputation d’une France unanimement résistante. Présence d’un vieux fond antisémite français devant fort peu au nazisme, complexité de l’engagement collaborationniste que résumait l’itinéraire d’un ancien SS français » autant de contrepoints qui démentaient les légendes volontiers colportées par les gaullistes et les communistes. Centré sur la vie de Clermont-Ferrand, le film offrait une vision décapante des années sombres. Etait-elle pour autant fondée?

Un universitaire américain, John Sweets, répond négativement à cette question. Fort d'une plongée dans les archives, il propose une lecture où la complexité et les ambivalences l'emportent sur les comportements tranchés. Certes, le régime vichyste règle de vieux comptes avec la gauche en épurant les municipalités issues du Front populaire. L'Etat français engage également une traque antisémite et anticommuniste, n'hésitant pas à livrer, avant l'invasion de la zone libre, les juifs réfugiés en zone libre. Et l'Eglise ne proteste guère contre ces persécutions, semblant plus préoccupée par les progrès de la mixité dans les établissements scolaires que par l'Occupation. Mais cette politique est massivement rejetée par la population.

Les mouvements collaborationnistes,

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