Gudbergur Bergsson, on dit Gudbergur tout court puisque en Islande
on ne porte pas de patronyme, seulement le prénom de son père, Gudbergur, fils de Berg, Gudbergur, donc, habite à Reykjavik un étage anonyme d'une maison banale, un appartement vide, frugal, où une petite table dans un coin, sous une minuscule étagère, attend que le visiteur s'en aille pour recueillir l'écriture penchée, pointue de l'écrivain le plus libre du pays. L'automne dernier, alors qu'on annonçait cette première traduction d'un de ses livres en français, Gudgergur, pour gâcher notre plaisir d'enfin le lire facilement nous déclarait: Je voudrais avoir trois livres en français, un, ce n'est rien, c'est de la bonne conscience, c'est comme dans les universités américaines, il faut un seul négre". Il ajoutait: Ils ont choisi L'aile du cygne parce qu'un préjugé veut que ce livre-là soit typiquement islandais".
Mais après tout, cela ne lui va pas si mal, l'image du nègre, du nègre qui dérange plus qu'il ne sert d'alibi dans un pays qui demanda naguère aux Américains de ne pas envoyer de soldats noirs dans la base de l'OTAN de Keflavik, lui qui est né-là, en 1932, à Grindavik, le village de pêcheurs le plus proche de la base installée en 1945, et qu'il n'a pas encore bien digérée.
Gudbergur est un autodidacte et cela tombe aussi plutôt bien car il n'aime guère devoir quelque chose à quelqu'un: "un artiste ne doit pas être éduqué. Lorsqu'il avait neuf ans, le pays n'était pas encore tout à fait indépendant (il le




