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Critique

Maître Roubaud

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Portrait, avec bifurcations et incises, d’un marcheur oulipien mathématicien et poète , dont paraît la troisième branche d’une œuvre arborescente, soit la moitié de l’appareil critique d’un roman qui ne fut pas.

Jacques Roubaud, en 2012. (Stéphane Lavoué. PASCO)
Publié le 09/01/1997 à 16h40

Le chef-d’œuvre de Jacques Roubaud, le Grand Incendie de Londres, roman auquel il consacra dix-neuf ans de sa vie, de 1961 à 1980, est un trou noir de la littérature contemporaine, un trou qui faillit bien le happer. Ou plutôt un troublant trou blanc, immaculé, vierge et pourtant caressé, nourri et pourtant vidé, qui pèse lourdement par son absence sur l’étagère vide, incurvée sous le poids de ce vide, de tout lecteur de Roubaud. De même, on remarquera page 1642 de la dernière édition paradoxale du Petit Larousse Grand Format, entre «Roubaix, ch.-l. de c. du Nord» et «Roublev ou Roublov (Andreï), peintre russe», une ligne blanche à peine plus large que les autres où se faufile discrètement un fantôme d’un mètre quatre-vingt-quatre (23x23), un K-Way sur le dos, chaussé de sport, un sac publicitaire en plastique d’une librairie de Londres à la main, l’air à la fois triste et espiègle, savant et farceur d’un frère sonneur, d’un frère convers qui sait le confort de passer pour fou, un fantôme qui tiendrait l’absence pour une forme arrangeante de la courtoisie. Jacques Roubaud excusé, il ne fait que passer. On le retrouve page 1801 du Petit Robert des noms propres qui lui consacre 18 lignes (contre 8 à Roubaix et 13 à Roublev): «Roubaud Jacques. Ecrivain français (Caluire-et-Cuire 1932 ). Mathématicien et membre de l’OuLiPo, Jacques Roubaud est l’auteur d’une œuvre multiple qui manifeste un souci formel constant (écriture sous contrainte, combinatoires) doublé du souci « m

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