Vous aimez les titres génériques: la Salle de bain, l'Appareil
photo, la Télévision. Pourquoi?
Jean Philippe Toussaint: J'ai toujours aimé les titres simples. Ils ont quelque chose de programmatique. J'ai écrit ce roman parce que j'avais le titre et le premier paragraphe. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée d'écrire sur la télé?
Au départ, je voulais raconter comment on arrête de regarder la télé comme on arrête de fumer. Raconter le manque, le sevrage. Moi-même j'avais arrêté de fumer, et pendant deux ans je n'avais rien écrit. Quant à la télé, j'en avais marre: chaque fois que je la regardais, je n'étais pas content de moi, je ne m'aimais pas après. J'ai fait cette expérience du zapping, quand on reste des heures abruti devant son écran, à tout regarder, et j'éprouvais à chaque fois le même sentiment de bassesse, d'avilissement, de mauvaise ivresse. Cet objet était là, devant moi, omniprésent, et cela m'intéressait d'y réfléchir. J'ai commencé à observer, non seulement mes comportements mais ceux des autres. Partout où j'allais, je regardais comment les gens regardaient la télé, comment ils en parlaient, j'ai lu des textes sur ce phénomène, en particulier un texte de Karl Popper sur la télé comme «danger pour la démocratie». Je ne voulais pas écrire un essai ni même un pamphlet, je voulais juste parler de mon époque. Un romancier doit parler de son époque, non?
Comment parler de la télévision dans un roman?
Le roman me permet plus de souplesse, moins de thèse: comme le narrateur




