Turin envoyé spécial
Au numéro 118 du corso Dante, à Turin, près du Ponte Isabella, au bord du Pô là où le fleuve tente de contenir toute la capitale piémontaise sur sa rive gauche et offre sa droite au parc Leopardi, on peut lire une petite plaque au logo en miroir: «Scuola Holden, techniche della narrazione.» C'est au premier étage. Une école de narration située cours Dante, près de Leopardi, c'est une conjuration, non, Alessandro Baricco, le fondateur, prétend que ce n'est pas de sa faute si ce local était libre, en revanche, il revendique «Holden», comme Holden Caulfield, le héros de Salinger, celui de The Catcher in the Rye (l'Attrape-coeurs), «Le garçon, dit la notice de présentation de l'école Holden, qui ne voulait rien savoir des écoles, des collèges, des professeurs, des matières et des examens.» L'école a ouvert en 1994, Alessandro Baricco avait 36 ans, un charme d'adolescent malicieux, un physique de télévision, et vendu près de 300 000 exemplaires de son premier roman, Châteaux de la colère, qui reçut en 1995 le prix Médicis étranger (Albin Michel), et bientôt autant du deuxième.
Alessandro Baricco est né à Turin, il y vit sur la colline de l'autre côté du fleuve. Il dit que jusqu'à l'âge de 30 ans il n'a rien fait d'autre qu'écrire: «J'ai tout écrit, sauf de la narration, et pendant que j'écrivais toutes ces choses, ces travaux supposés intelligents et qui m'emmerdaient, qui sont la prostitution des intellectuels, je savais, j'avais toujours su que j'écrirai des




