«Ceci n'est pas un roman. Ni même un récit. C'est une histoire. Elle
commence avec un homme qui traverse le monde et finit avec un lac qui est là, comme ça, dans les journées du vent. L'homme s'appelle Hervé Joncour. Le lac, on ne sait pas. On pourrait dire que c'est une histoire d'amour. Mais si c'était seulement ça, ça ne vaudrait pas la peine de la raconter. Il y a aussi dans cette histoire des désirs et des souffrances, de celles qu'on connaît parfaitement, mais le vrai nom pour les dire, on ne le trouve jamais. Et de toutes façons, ce n'est pas amour. (C'est très ancien, ça. Quand on n'a pas de nom pour dire les choses, on se sert d'une histoire. Ça fonctionne comme ça depuis des siècles.)Toutes les histoires ont leur musique. Celle-ci a une musique blanche.» Soie est une manière de perfection. On y entend le silence, les danseurs sont immobiles et virtuoses, le poids du monde y est entier mais si léger, et les plus grandes blessures ont l'élégance de ne pas montrer de cicatrices. La manière est celle des conteurs, de savantes répétitions aux infimes et douces variantes marquent le pas de la danse, les phrases sont courtes, énergiques et blanches comme l'évidence de ce qui est dit. Existe-t-il un mot pour dire cette sorte de sérénité, une émotion calme, constante, mais aussi tendue, fiévreuse, l'acceptation d'un destin admis sans l'once d'une résignation? Non, ce mot n'existe pas, ou bien c'est le mot soie, ce tissu animal et si léger que les doigts se touchent en l




