C'est assez incroyable mais vrai: avec 800 titres par an (autant que
Gallimard) et un chiffre d'affaires annuel de 34 millions de francs, les éditions L'Harmattan sont en passe de devenir l'un des plus gros éditeurs français. Denis Pryen, son directeur , affiche un optimisme «aux antipodes du lamento général». La crise des sciences humaines? Il ne connaît pas. Ou plutôt, il en vit, au risque de choquer ses confrères par des méthodes pour le moins hétérodoxes.
Inutile de chercher des best-sellers dans le catalogue de L'Harmattan. Il n'y en a pas. Quelle est alors la clé d'une aussi florissante affaire, née en 1975 sur les décombres du tiers-mondisme et au départ destinée à promouvoir en France les «cultures dominées» d'Afrique, des Caraïbes et d'ailleurs? Essentiellement la publication brute de coffre d'une foultitude de travaux universitaires français et francophones (mémoires, actes de colloque et thèses) qui, à partir du milieu des années 80 ont eu de plus en plus de mal à se frayer un chemin dans l'édition traditionnelle; 120 titres par an en 1980, 400 à la fin des années 80, 700 en 1995: dans un contexte général déprimé, une croissance exponentielle.
Atypique, la stratégie de l'entreprise, installée au coeur du Quartier latin et comprenant une librairie, repose sur deux piliers: des coûts de fabrication réduits au minimum et des auteurs rétribués de même. Dès le milieu des années 80, L'Harmattan systématise le «prêt-à-clicher». Les manuscrits doivent arriver non seulement s




