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Enquête

Essais, la mauvaise passe.

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Nombre de titres à la hausse mais traductions, tirages et ventes à la baisse: l'édition des sciences humaines s'enfonce dans la crise. Pourquoi? Et comment les éditeurs s'adaptent-ils? Enquête.

Publié le 06/03/1997 à 23h46

Depuis plusieurs mois, la rumeur s'est amplifiée, alimentée par des

articles dans le Monde, Livres Hebdo ou dans la revue le Débat. L'édition des sciences humaines traverse une crise grave: une crise de production, caractérisée par une baisse continue et inquiétante des ventes, et une crise presque identitaire, frappant des secteurs entiers, de l'anthropologie à la psychanalyse, en passant par la linguistique, la critique littéraire et même une discipline longtemps florissante comme l'histoire.

Cette mauvaise passe a commencé de manière rampante dès les années 80, après l'euphorie des deux décennies précédentes, pour s'aggraver depuis le début des années 90. Elle renvoie bien sûr à une crise de l'édition en général, dont le symptôme le plus spectaculaire a été la baisse aussi forte que brutale du nombre de livres vendus en France. D'après les statistiques officielles du Syndicat national de l'édition (SNE), il est passé de 358 millions en 1988 à 299 millions en 1991, pour stagner ensuite autour de 300 millions, soit une perte de 16,4% en quatre ans! Dans le domaine des sciences humaines (qui représente un peu moins de 3% du chiffre d'affaires de l'édition), le phénomène est plus frappant encore: 18,2 millions de volumes vendus en 1988, 16,2 en 1993, et 13,3 l'année suivante, alors que le nombre de nouveautés passait de 1 942 en 1988 à 3 087 en 1993, pour compenser la chute inexorable du tirage moyen: si ce dernier était encore de 2 200 exemplaires en 1980, il n'était plus que

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