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Interview

De Levinas à la moto. Nishitani Osamu traduit Levinas, Blanchot et Bataille quand il ne sillonne pas, tout de cuir vêtu, Tokyo en moto.

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Publié le 13/03/1997 à 23h26

Tokyo envoyé spécial

En 1960 Nishitani Osamu avait une petite dizaine d'années, c'était en juin et il reçut là, devant son écran de télévision, son premier choc politique: 300 000 manifestants sous la pluie entourent le Parlement, ils protestent contre «l' accord Pacifique» entre les USA et le Japon, c'est-à-dire l'intégration militaire du Japon sous la bannière militaire américaine, et ce pour dix ans. Osamu se souvient surtout qu'il y eut un mort. Il se souvient aussi qu'il décida aussitôt que dans dix ans, lorsqu'il faudra renouveler l'accord, il sera du côté des manifestants. Et d'une certaine manière, il y est encore. En 1970, il manifesta pour le rapatriement d'Okinawa, ce qui fut fait deux ans plus tard.

Nishitani Osamu vient d'un tout petit village («Il n'y a que trois maisons») près de Kitasitara, entre Tokyo et Osaka, vie rustique et montagnarde, tradition primitive, «là-bas, l'idée de modernité équivaut à celle d'abandonner son origine, et de là, dit-il, on ne sort que par le "haut, en acceptant de faire partie de ces étudiants officiellement remarquables qui deviendront hommes de pouvoir». Osamu est plus que remarquable, mais il se souvient de la promesse de ses 10 ans: «Depuis l'avènement du Japon moderne, avec l'empereur Meiji, un choix constant s'offre à nous: soit l'option anglo-germanique, entre la royauté et l'empire, soit la voie française, celle de la république. Les étudiants "officiellement remarquables choisissent la première voie, devenue celle de l'Am

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