Tokyo envoyé spécial,
Yôko Ogawa n'est pas à Paris, elle doit rester chez elle, très loin, près d'Okayama, pour garder son enfant de 7 ans. Elle habite la campagne et n'aime pas la ville, c'est aussi pour cela qu'elle ne va pas souvent à Tokyo et jamais à Paris, elle dit que c'est pour garder son enfant, parce que cela lui paraît plus simple, plus facile à avouer.
En France on croit que Yôko Ogawa est un jeune écrivain (elle a 34 ans) qui n'écrit que des livres courts, aux titres simples et brefs, on croit cela parce qu'elle a publié en 1995 chez Actes Sud la Piscine (72 pages), les Abeilles (76 pages) et aujourd'hui la Grossesse. Au Japon c'est un peu différent, d'abord parce que ces livres-là y portent des titres plus longs (le japonais est une langue «circonvolutive»), la Piscine s'appelle la Fosse à plonger; la Grossesse: le Calendrier de la grossesse et les Abeilles: le Dortoir, et surtout parce que tous ses autres livres que personne ne se hâte de traduire passent les trois cents pages, le dernier, Un cristal bien rond, en fait plus de sept cents.
N'empêche que ces trois petits livres se ressemblent et lui ressemblent, menus, précis, détachés, volontaires, cruels. Yôko Ogawa est-elle cruelle? Elle n'a pas fait cinq heures de train pour venir à Tokyo se faire dire qu'elle est cruelle, elle lève sa main gauche, légère, jusqu'à effleurer son menton, pour réfléchir, toutes les Japonaises bien élevées font cela: «Non, j'étais une petite fille très sage. Après mes études à Toky




