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Critique

Ellroy,une bouteille à la mère. Trente-six ans après les faits, l'auteur d'«American Tabloïd» a repris à zéro et en manière d'exorcisme l'enquête, non aboutie, sur le viol et l'assassinat de sa mère. James Ellroy. Ma Part d'ombre. traduit de l'américain par Freddy Michalski, Rivages, 490 pp., 135 F.

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Publié le 20/03/1997 à 23h01

Sur toute l'oeuvre ténébreuse de James Ellroy plane l'ombre de sa

mère, Jean, assassinée le 22 juin 1958 dans la banlieue de Los Angeles, alors qu'il avait 10 ans à peine. Tache originelle autant qu'acte fondateur, ce crime, inexpliqué à ce jour, hante comme une obsession inguérissable l'univers glauque et vertigineux du romancier américain. Il en traverse les sombres arcanes, au point d'en être comme la source maléfique, le soleil noir et l'explication ultime.

Conscient de ce traumatisme enfantin mais conscient aussi de ne jamais l'avoir affronté de face, l'auteur du Dahlia noir et d'American Tabloïd a décidé voici trois ans de partir à la recherche de sa mère et de son assassin, de consulter les archives de police, les dépositions des témoins, bref de reprendre l'enquête à zéro, quel qu'en soit le prix. Ma Part d'ombre est le résultat de cette quête: livre noir, brutal, dépouillé, puissant comme un exorcisme, parfois sec comme un rapport, parfois désespéré, mais toujours d'une lucidité impitoyable, à commencer vis-à-vis de soi. Le livre est construit en quatre parties. D'abord, le récit clinique et distancié de la mort de Jean Ellroy, la «rouquine», violée et assassinée un samedi soir de juin, et de l'enquête inaboutie d'alors. Ensuite, les souvenirs autobiographiques de l'auteur sur cette période, le divorce de ses parents, la haine entre eux, le jour du meurtre, la vie tourmentée qui a suivi, sa jeunesse délinquante, droguée et destroy, sa fascination pour le crime et ses

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