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Critique

Rushdie entre deux feux.

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Aujourd'hui traduites, les nouvelles d'«Est, Ouest» expriment la volonté de Salman Rushdie, citoyen britannique d'origine indienne condamné à mort par le régime iranien, de ne pas choisir entre les deux mondes et les deux cultures qui le constituent. Rencontre à Londres avec un homme qui refuse de vivre dans la peur.

Publié le 20/03/1997 à 23h01

Cinq ans après avoir basculé dans la clandestinité consécutive à la

fatwa de mort lancée contre lui par l'imam Khomeiny, et alors qu'il travaille à son roman le Dernier Soupir du Maure, Salman Rushdie publie en 1994 un recueil de nouvelles aujourd'hui traduit, Est, Ouest. Comme le titre l'indique, les neuf textes qui le composent soulignent la condition qui est la sienne, jusqu'à l'excès: un homme, un écrivain, à cheval sur deux mondes, l'Orient et l'Occident, et dont l'équilibre, déjà précaire en soi pour tout émigré, est rendu encore plus périlleux par la menace mortelle qui pèse sur lui.

Né en 1947 à Bombay, installé en Angleterre en 1961, Salman Rushdie n'a cessé d'aller d'un monde à l'autre, que ce soit dans sa vie ou dans ses livres: tout son univers littéraire est fait de cette question on ne peut plus contemporaine de l'invraisemblable migration humaine qui s'est emparée de la planète depuis un demi-siècle. Depuis cinquante ans, des flux migratoires en tous sens, mais principalement des pays pauvres vers les pays riches, ont modifié en profondeur la perception de l'espace, des peuples et des cultures. De ce brassage général et conflictuel dont il est à la fois un acteur et un témoin, Salman Rushdie a fait le sujet principal de son oeuvre romanesque, foisonnante et picaresque, critique et humoristique.

Est, Ouest est fait de ce va-et-vient. Regroupées sous le titre «Est», les trois premières nouvelles se déroulent dans l'Inde des années 70-80: une jeune femme, qui veut r

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