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Critique

Dans la baie de Handke. Installé dans la banlieue parisienne, pendant un an l'écrivain autrichien a «regardé, enregistré, fixé» chaque arpent de son territoire: «Mon Année dans la baie de Personne» ou quand le proche devient plus exotique et épique que n'importe quel pays lointain. Peter Handke. Mon Année dans la baie de Personne Traduit de l'allemand par Claude-Eusèbe Porcell, Gallimard, 487 pp., 160 F.

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Publié le 27/03/1997 à 22h37

A l'ouest de Paris, quelque part entre Meudon et Versailles, entre

ville et forêt, se trouve «la baie de Personne». L'endroit, ni le nom, ne figure sur aucune carte, sur aucun panneau de signalisation. Mais dans la topographie de Peter Handke, il existe bel et bien: c'est un amphithéâtre de collines ­ tantôt pentes boisées, tantôt zones pavillonnaires ­ qui descend doucement vers le fleuve et la capitale. A cinq minutes à vol d'oiseau de la tour Eiffel, cette région des Hauts-de-Seine, apparemment sans qualité et sans histoire, mais comme cachée et secrète, est pourtant unique, au point de chasser, pour qui l'arpente, toute «nostalgie du lointain» ou «toute espèce de mal du pays». Le narrateur de Mon Année dans la baie de Personne est autrichien d'origine, juriste de formation (c'est dans l'étude du droit qu'il découvre son goût pour l'écriture et que naît en lui une idée de la «forme») puis vaguement diplomate, notamment en Mongolie. Il a beaucoup voyagé, avant de décider de s'installer à Paris, où, «dès le moment de mon arrivée, rien ne s'opposait à moi ou ne m'excluait; pas le moindre élément ne venait s'interposer entre cette capitale mondiale et moi qui étais, je le sentais, en elle ouvert au monde». Peu à peu, il s'aventure hors de la ville, en explore les marges, à la recherche d'un lieu de résidence. Il subodore vite dans ces banlieues périphériques comme «un silence sous forme de vent encore inconnu et non décrit».

Des années plus tard, il s'installe dans cette fameu

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