7 décembre 1939. Dans un son cantonnement de Lorraine, le soldat
Jean Malaquais reçoit un télégramme de l'éditeur Robert Denoël, lui apprenant que son premier roman les Javanais , salué à sa sortie par Gide et par... Trotski, a décroché le prix Renaudot. Le lendemain, sa photo fait la une des journaux: «On me dévisage comme une bête de cirque, note-t-il dans son journal, et consécration suprême, moi qui ne suis pas dans les bonnes grâces des sous-offs, je viens de me voir convié à la popote de ces messieurs.» Deux jours plus tard, une équipe de la Radiodiffusion nationale le cherche pendant des heures: et pour cause, il n'y aucun Jean Malaquais au 620ème régiment de pionniers, «le seul connu et reconnu de l'armée française étant Malacki, nom de métèque à la noix».
Métèque: Jean Malaquais, juif polonais, né Wladimir Malacki en 1908, arrivé en France en 1926, apatride longtemps exilé au Venezuela et aux Etats-Unis, aime ce mot. «C'est même mon titre de gloire», dit-il aujourd'hui, alors qu'il voit ses journaux de guerre publiés pour la première fois en France, où il a été redécouvert il y a deux ans à la faveur d'une réédition des Javanais chez le même éditeur (1). A 89 ans, Jean Malaquais, qui partage son temps entre Paris et Genève après une vie assez vagabonde, a conservé une énergie étonnante: «Je suis solidaire avec tous les sans-papiers, les sans feu ni lieu», dit-il ainsi avec conviction, «et je suis aussi rebelle qu'à 20 ans. Si j'ai un regret, c'est de ne pas avoir part




