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Libération
Critique

Malaquais bien acquis. Journal de la drôle de guerre et de la France «putainiste», par un métèque anarchiste, ami de Gide et Giono, aujourd'hui âgé de 89 ans. Portrait. JEAN MALAQUAIS, Journal de guerre suivi de Journal du métèque 1939-1942 Phébus, 335pp., 135F.

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Publié le 12/04/1997 à 1h08

7 décembre 1939. Dans un son cantonnement de Lorraine, le soldat

Jean Malaquais reçoit un télégramme de l'éditeur Robert Denoël, lui apprenant que son premier roman les Javanais , salué à sa sortie par Gide et par... Trotski, a décroché le prix Renaudot. Le lendemain, sa photo fait la une des journaux: «On me dévisage comme une bête de cirque, note-t-il dans son journal, et consécration suprême, moi qui ne suis pas dans les bonnes grâces des sous-offs, je viens de me voir convié à la popote de ces messieurs.» Deux jours plus tard, une équipe de la Radiodiffusion nationale le cherche pendant des heures: et pour cause, il n'y aucun Jean Malaquais au 620ème régiment de pionniers, «le seul connu et reconnu de l'armée française étant Malacki, nom de métèque à la noix».

Métèque: Jean Malaquais, juif polonais, né Wladimir Malacki en 1908, arrivé en France en 1926, apatride longtemps exilé au Venezuela et aux Etats-Unis, aime ce mot. «C'est même mon titre de gloire», dit-il aujourd'hui, alors qu'il voit ses journaux de guerre publiés pour la première fois en France, où il a été redécouvert il y a deux ans à la faveur d'une réédition des Javanais chez le même éditeur (1). A 89 ans, Jean Malaquais, qui partage son temps entre Paris et Genève après une vie assez vagabonde, a conservé une énergie étonnante: «Je suis solidaire avec tous les sans-papiers, les sans feu ni lieu», dit-il ainsi avec conviction, «et je suis aussi rebelle qu'à 20 ans. Si j'ai un regret, c'est de ne pas avoir part

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