Besançon envoyé spécial
Maintenant qu'on a rencontré Yves Ravey, il faudrait se souvenir de tout ce qu'on a écrit sur lui avant de le connaître, et préciser les choses, les rectifier, les contredire, s'excuser s'il le faut, ou charger la mule, comme si on pouvait toujours tout dire des livres, mais pas des gens, parce que les livres sont lancés dans le public, même si parfois ils tombent entre des fauteuils vides. Pas les gens.
On disait qu'Yves Ravey habite au numéro 1 d'une rue dans une ville, ça c'est vrai, à Besançon, il y est né le 15 décembre 1953, et cinq romans publiés plus tard, il y vit toujours, on disait qu'heureusement que la ville dans le livre d'alors (Bureau des illettrés, Minuit, 1992) s'appelait Vaubant car à dire le véritable nom ça le fâcherait pour plusieurs siècles avec ses voisins, tant pis, c'est Besançon, maintenant on ne peut plus reculer. Surtout que de vive voix Ravey précise: «J'aimerais vivre dans une capitale pour être anonyme, New York, je ne sais pas, j'ai l'idée d'une vie comme dans la télévision, quelque chose d'harmonieux qui n'existe peut-être pas.» Une vie de feuilleton. Bon, on disait aussi, comme dans la Table des singes (Gallimard, 1989), qu'Yves Ravey avait été élevé en Autriche par un oncle tuberculeux, que son éditeur l'avait déçu, que son cousin répare des flippers. C'était du roman. Maintenant tout est vrai, pour le premier éditeur, pour le cousin. Pour l'Autriche, sa mère est autrichienne, française aujourd'hui, bisontine, et la




