On ouvre parfois de petits livres, qui se referment sur une
impression de de simplicité, d'évidence, une manière de chef-d'oeuvre au sens que les Compagnons du tour de France donnaient à ce mot: un travail modeste et fier qui transforme l'apprenti en maître. L'Aurore des bien-aimés est de ceux-là, même s'il est le septième roman de Louis Gardel (ce qui pour nous ne compte guère si l'on fait l'aveu de n'avoir pas lu les autres). Cette manière de perfection trouve peut-être son mystère dans ces deux derniers paragraphes du livre, la fin d'une note hors texte de l'auteur: «La tragédie de Soliman, d'Hürrem et d'Ibrahim a fait l'objet, depuis le XVIe, de plusieurs récits, en de nombreuses langues, sous des formes littéraires diverses. Le dernier en date, à ma connaissance, est le roman de Catherine Clément la Sultane (Grasset, 1981). Je n'ai pas lu ces ouvrages, volontairement. D'abord pour ne pas être influencé. Ensuite et surtout par crainte que le talent de mes prédécesseurs ne me détourne du plaisir d'écrire ce roman que j'ai su d'emblée, dès que j'ai découvert le sujet résumé en quinze lignes dans un guide touristique d'Istanbul, qu'il serait, sous couvert d'une «turquerie», le plus personnel de mes livres».
Les guides d'Istanbul sont remplis de ces «turqueries» de quinze lignes et l'histoire qu'on nous conte ici fait partie de l'Histoire de la Turquie, plus rares sont les écrivains qui savent nourrir quinze pauvres lignes jusqu'à atteindre l'universel en douze fois douze page




