Composante pourtant essentielle de l'esprit républicain, associée à
tous les combats et à la construction même de l'édifice républicain, la libre pensée a tardé, en France, à trouver son historien. Sans doute en raison de ses outrances, les «bouffeurs de curés», les «saucissonneurs du vendredi saint» et autres obsédés de la soutane n'étant pas les plus présentables des enfants de Marianne. Ils en furent cependant parmi les plus actifs, souligne Jacqueline Lalouette dans une substantielle étude, la première à être consacrée à ceux qui avaient déclaré «la guerre à Dieu».
Brassant une immense documentation qui mêle sources classiques, archives orales et archéologie funéraire (les visites de cimetières, ces hauts lieux de la mémoire de l'incroyance), l'auteur a d'abord reconstitué la nébuleuse libre penseuse, de son apparition dans la France de 1848 à sa progressive extinction à la fin des années trente, à un moment où la lutte contre le cléricalisme n'était évidemment plus une priorité politique. Entre les deux dates, l'âge d'or du début du siècle, où le mouvement compta plus de mille sociétés, et des personnalités aussi prestigieuses que Marcelin Berthelot, Anatole France, Aristide Briand ou Ferdinand Buisson. S'il recruta naturellement à gauche (des radicaux aux anarchistes), le mouvement ne fut cependant jamais unanime, et vit s'opposer une libre pensée déiste, d'inspiration kantienne et théophilanthropique, et un courant matérialiste, dominant à la fin du siècle. Plus fréquen




