Comme il aime souvent à le faire, Antonio Tabucchi explique dans une
note finale la genèse de la Tête perdue de Damasceno Monteiro, son nouveau roman dont l'édition française aura précédé de quelques jours l'édition italienne: si tout y est le fruit de la «fantaisie romanesque», dit-il, le «point de départ» est lui bien réel. Dans la nuit du 7 mai 1996, un homme de 25 ans est tué dans un commissariat de la Guarda Nacional dans la banlieue de Lisbonne et son corps est «retrouvé dans un parc public, décapité, avec des marques de sévices». A partir de ce fait divers macabre, Antonio Tabucchi, Italien d'origine mais Portugais d'adoption (il vit à Lisbonne depuis de longues années) poursuit son exploration de la société portugaise, commencée avec son roman Pereira prétend et symbolisée par sa passion pour l'écrivain Fernando Pessoa (à qui il a consacré plusieurs ouvrages et dont la figure hante presque tous ses livres). «Le Portugal, explique-t-il, est devenu non seulement mon second pays mais aussi un territoire romanesque. L'Italie et le Portugal sont deux pays très différents. Les Portugais sont timides, intériorisés, les Italiens chaleureux et expansifs. Mais j'aime la discrétion portugaise, cette manière de ne jamais rien vous demander». Donc, Damasceno Monteiro a perdu sa tête, ou plutôt, son cadavre décapité a été découvert par un gitan dans une pinède aux alentours de Porto. L'enquête est menée ici - avec succès - par un jeune journaliste débrouillard venu de Lisbonne, q




