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Critique

Pinget la clé des Songe.

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Depuis quarante-cinq ans, Robert Pinget, figure du Nouveau Roman, arpente en d'inquiétantes ou drolatiques variations un univers indécis, farfelu et loin de tout réalisme romanesque. Rencontre avec le créateur de monsieur Songe, à l'occasion de la sortie de «Taches d'encre».

Publié le 03/05/1997 à 3h28

Luzillé (Indre-et-Loire), envoyé spécial.

Entre deux séjours parisiens, Robert Pinget vit dans sa «chaumière», une petite ferme tourangelle en rase campagne achetée il y a trente ans et restaurée peu à peu, en partie de ses propres mains. C'est là qu'entouré de ses quatre chats, il a écrit beaucoup de ses romans ou pièces de théâtre, dont aujourd'hui, et après d'importants ennuis de santé, Taches d'encre. Ce court ouvrage est présenté comme «le dernier carnet de monsieur Songe», personnage récurrent de l'oeuvre à l'origine d'un livre éponyme (1982), et donné depuis comme l'«auteur» de plusieurs petits volumes de carnets (le Harnais, Charrue, Du nerf). Les carnets de monsieur Songe ne constituent pas le centre de l'oeuvre de Robert Pinget mais sont assez instructifs sur ce dernier: sorte de faux double de l'écrivain, monsieur Songe «s'y montre à découvert, naïf, las des belles formules et peu soucieux de se contredire et de se répéter». Plus encore peut-être que dans les précédents volumes, les notes de M. Songe sont brèves, souvent aphoristiques. Pour la plupart, il s'agit de réflexions sur les tourments de la vieillesse et de la solitude, sur la mélancolie et l'indifférence de l'âge, sur les attaques sournoises du cafard et des «rats du souvenir», ou encore sur la familiarité grandissante avec la «camarde», parfois «plus vivante en lui que son rêve». Parallèlement, Jérôme Lindon réédite de nouveau Mahu ou le matériau, le premier roman de Robert Pinget, publié chez Laffont e

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