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Critique

Le Clézio, retour au désert.

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Quinze années d’errance, d’Afrique à Paris, d’une jeune fille abandonnée qui n’aura de cesse de revenir à son point de départ, dans le sable des dunes.

Publié le 22/05/1997 à 1h43

Laïla, l’héroïne de Poisson d’or, est une nouvelle «étoile errante» dans l’univers de Le Clézio. La première, c’était Lalla, la fille des hommes bleus de Désert, exilée à Marseille mais retournant pour accoucher dans les dunes de ses ancêtres nomades. La deuxième, c’était Esther, la jeune juive rescapée de la Shoah rejoignant Israël après la guerre et croisant le destin d’une autre «étoile errante», Nejma la palestinienne, dans le roman éponyme. Laïla, dans Poisson d’or, est comme la petite soeur de Lalla. Noire de peau ­ laïla en arabe veut dire «la nuit» ­, elle a été enlevée à 6 ou 7 ans et vendue à demi sourde à une vieille juive marocaine, qui l’élève comme son enfant. A sa mort, Laïla se réfugie chez la patronne d’un petit bordel: les filles sont gentilles et font de Laïla leur domestique. Quand la maison est fermée par la police, Laïla se cache, avant de partir avec une des prostituées pour la France. Poisson d’or est le récit linéaire de cette errance. Quinze ans de la vie de Laïla, l’histoire d’un destin et une impavide aspiration à la liberté.

A Paris, après bien des galères, Laïla rencontre un étudiant sénégalais qui lui fait lire les Damnés de la terre de Frantz Fanon et les poèmes d'Aimé Césaire, et qui lui dit, devant les statues et les masques du musée des Arts africains: «Ah Laïla, il faudrait les libérer. Il faudrait les emporter loin d'ici, les ramener là où ils ont été pris.» La nuit, elle va écouter dans le métro les musiciens souterrains et une Haïtienne

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