Traduits simultanément, Etonner les dieux et Un amour dangereux
révèlent les deux manières de Ben Okri, né il y a trente-huit ans au Nigeria et aujourd'hui installé à Londres, où il a reçu le Booker Prize en 1991 pour son roman la Route de la faim. D'un côté, une fable philosophique d'inspiration fantastique, l'histoire d'un homme né invisible et qui part autour du monde à la recherche du secret de la visibilité. De l'autre, un roman réaliste sur l'Afrique d'aujourd'hui, nouvelle et ample mouture d'un roman de jeunesse publié en 1981 et inédit en français, The landscapes within: un jeune peintre vivant un ghetto de Lagos tente d'échapper par l'amour et l'art de la réalité sordide qui l'entoure. Il découvre que son pays n'a pas été avili seulement par les Blancs mais par la corruption du régime en place. Ayant le sentiment d'appartenir à une génération trahie, gâchée, il ne voit de salut que dans la responsabilité, l'action et l'art: pour «accomplir le destin de l'Afrique», estime-til au terme de son parcours initiatique, «nous devons étonner le monde». Etonner les dieux, étonner le monde: bien que le premier livre ne fasse aucune allusion directe à l'Afrique, les deux romans de Ben Okri ne posent au fond qu'une seule et même question, celle de l'identité à la fois de l'homme et du continent africains: n'est-ce pas l'histoire de l'Afrique que d'émerger enfin, après des siècles, des limbes de l'invisibilité? Réponses de Ben Okri, lors de son passage à Paris.
Pourquoi un tel ti




