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Libération
Critique

La guerre des écrans.Comment les cinémas français et américain ont mythifié ou désacralisé les conflits dans lesquels étaient impliqués leurs pays.Deux études. Benjamin Stora, Imaginaire de guerre, Algérie-Viêt-nam en France et aux Etats-Unis La Découverte, 252 pp.125 F. Sylvie Lindeperg, les Ecrans de l'ombre. La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français. CNRS Editions, 444 pp., 195F.

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Publié le 07/06/1997 à 4h04

Dans la mémoire des contemporains, les guerres vivent ­ et survivent

­ par les images qu'elles inspirent. Explorant les «imaginaires de guerre», Benjamin Stora se penche ainsi sur les représentations des conflits vietnamien et algérien. Conflits bien différents: l'Algérie reste une guérilla alors que le Viêt-nam dégénère en bataille rangée. Paris et Washington combattent le communisme en Asie alors que la marque rouge, en Algérie, reste pour le moins discrète. Les GI sont surtout des déclassés, alors que le contingent envoyé outre-Méditerranée mêle toutes les classes sociales. A réalités diverses, images différentes. Certes ­ et au rebours d'une idée reçue ­, le cinéma américain reste, sur le Viêt-nam, aussi peu disert que les caméras françaises sur le conflit algérien. Hollywood préfère d'abord traiter allusivement de cette sale guerre en faisant imploser les mythes du Nouveau Monde (Macadam Cow-boy) ou en privilégiant le départ ou le retour des boys (American Graffiti) ­, une façon d'occulter les opérations militaires. Mais les Américains finiront par montrer la guerre dans sa réalité (Apocalypse Now) alors que les opérations militaires menées par les Français n'envahiront pour ainsi dire jamais les écrans. Le cinéma américain s'est ainsi rêvé innocent ­ en mettant en scène sa faute et en transformant le Viêt-nam en légende ­, alors que les Français ne parvinrent pas à cicatriser les plaies béantes du conflit algérien.

Au rebours de la guerre d'Algérie, le second conflit mo

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