Le livre est dans son sous-titre: Mille réponses à la question: A
quoi tu penses? Une femme pose la question, on imagine qu'elle n'est pas encore tout à fait prête, qu'elle remonte ses cheveux sur sa nuque, en marchant pieds nus vers la salle de bains, ou bien elle est encore au lit, ou bien c'est lui, et qu'elle demande à l'homme qui visiblement pense à autre chose «A quoi tu penses?» Mille fois. Mille fois il répond. Mille fois sa réponse commence par «je pense que». Parfois on l'entend, parfois on comprend bien qu'il reste in petto. On ne sait rien d'eux, ils ont fait l'amour, rien ne le dit, mais on sait bien qu'ils ont fait l'amour. Au bout de mille, on a fait connaissance. Je pense que je n'aurais pas dû les compter. Surtout qu'à chaque fois, en me trompant, je pense en avoir trouvé 1 004. Je pense que je n'aurais pas dû les numéroter, à la moindre erreur, il faut tout recommencer. Surtout qu'arrivé à la 397e, «je pense que si je n'avais pas égaré cette fichue dernière page du manuscrit, il y aurait exactement mille et une pensées», on se dit qu'on n'a plus qu'à recommencer. Je pense qu'il serait élégant d'écrire un article sur ce livre sans le citer. Mais je pense qu'on ne résiste pas à citer un bon auteur, quelle que soit la grosseur des guillemets, on en retire toujours quelque chose. Je pense que j'ai tort de donner le numéro de la pensée puisqu'elles ne sont pas numérotées, sinon de ma main, de ma gomme et de mon crayon. Je pense qu'on ne devrait pas lire un tel




