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La roulette russe de Pelevine.

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La Russie n'existe pas, le régime maffieux peut durer mille ans et la littérature a disparu: rien ne résiste aux rafales de Viktor Pelevine. Journée agitée à Moscou avec un écrivain de 34 ans qui tire sur tout ce qui bouge et dont paraît en français «la Mitrailleuse d'argile».

Publié le 28/08/1997 à 6h59

Moscou envoyé spécial

Moscou a huit cent cinquante ans, et peut être plus, mais c'est cela la force de l'écrit, Moscou a l'âge de son nom, né en 1147, comme petit port de pêcheurs accroché à la Moskova et mentionné pour la première fois cette année-là dans les Chroniques. La ville est aujourd'hui submergée d'affiches et de calicots vantant cet anniversaire, la plupart représente un bocal de café en poudre puisque Nestlé s'y honore d'être le «sponsor officiel» de l'événement (le mot sponsor est adopté sans broncher par l'alphabet cyrillique) . Dans le hall de l'hôtel Kempinsky, le chef pâtissier du lieu, Walter Stesl, a apporté sa pierre à ces fêtes d'anniversaire en érigeant une gigantesque réplique en sucre véritable de la cathédrale de Basile-le-Bienheureux, sise dans son orthodoxe majesté juste de l'autre côté du fleuve. L'hôtel, lui, appartient à la Lufthansa. Viktor Pelevine n'a que 34 ans, il rit de bon coeur devant la pâtisserie acidulée, enchâssée comme une relique dans sa crypte de verre, il se demande sans illusion pour qui sera la plus grande part du gâteau.

Viktor Pelevine est un grand jeune homme dégingandé, farceur et volubile, il roule les «r» dans son anglais fluide comme des pirojki dans la farine, il ne ressemble guère à la seule photo de lui disponible en Occident depuis qu'on y traduit ses livres, le front entêté et le regard tueur d'un costaud du Caucase (elle figure encore dans le revers de la jaquette de la Mitrailleuse d'argile), et refuse depuis qu'on

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