Menu
Libération
Critique

Bayamack-Tam mise en plis

Réservé aux abonnés

Le héros a trop de noms et sa vie date d’hier. Un livre gigogne qui cache la fêlure de son personnage.

Publié le 04/09/1997 à 9h43

Souvent, dans les plis d’un livre, se cachent d’autres livres, en général plus confus, parfois plus simples que le livre lui-même, que celui-ci, par exemple Tout ce qui brille, que l’on lit mot après mot. Et lorsqu’on se relève de la lecture et qu’on doit rendre compte, on se laisse tenter, en simplifiant, à parler d’un de ces fantômes qui n’a pas été écrit, mais seulement aperçu, décharné, dans les plis de l’autre, et l’on dit: c’est l’histoire d’un jeune homme (on ne sait rien de son âge, mais il trouve, à la fin, des gens beaucoup plus vieux que lui) qui a trop de noms (Raoul Major, Venuste Bendigo, Quine Redford, Brayanne Welles, Prince du Maurier, Emmanuel Dieu), oui, ça , c’est un problème, il vit sur une île qui n’a pas de nom (on imagine Cuba, bien plus tard, lorsqu’on apprend que cette île se quitte en radeau pour la floride avec un petit «f»), au début, il dit que sa vie date d’hier («Ma vie date d’hier», c’est la première phrase), du jour où il achète et installe une antenne parabolique sur le toit de sa frugale maison.

Grâce à l’antenne, Raoul s’éprend sur l’écran de sa télévision de tout ce qui brille, de ces femmes blondes qui parlent une langue étrangère, indispensable, ces gueurles. Ils les aime, ces gueurles, leur bouche surtout, leur voix, leur façon d’être pressées, d’être blondes. Lui n’est pas blond, plutôt noiraud, il travaille sur des chantiers, il a la peau malade, mais qu’importe puisque la vraie vie, maintenant, est plate, lumineuse et sexy su

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique