Lydie Salvayre publie ensemble deux livres de même format (14 par
20,5 centimètres), l'un, Quelques conseils aux élèves huissiers, plus mince contient environ quinze fois moins de mots que l'autre et pourtant celui qui prononce ces mots, maître Echinard, huissier de justice, présent du début à la fin dans l'autre livre, la Compagnie des spectres, c'est même sa présence qui donne le temps du livre, ne parvient pas en en placer une, car il y a des livres pour se taire, des livres même où l'on fait mieux de la fermer . Ici, la compagnie est celle des spectres, on n'y a cure des huissiers.
Après, lorsque Lydie Salvayre aura vidé son sac, qu'elle aura tué père et mère, leur aura dit pis que pendre, pour les sauver, pour se sauver, elle écrira le petit livre, comme on se frotte les yeux après le cauchemar, un drôle de pamphlet, quelques pages de rattrapage pour ridiculiser, faire exister un peu celui qu'on a fait taire. Mais nous, essorés par la violence, la touchante et tonitruante folie de celle qui vit en compagnie des spectres, on n'aura guère envie de donner la parole à l'huissier. C'est pourquoi on conseille de lire le petit livre avant, pour le plaisir, après, ce sera trop tard, l'huissier n'existera plus.
C'est la fille qui ouvre la porte, Louisiane, la mère s'appelle Rose, mais on ne l'appelle pas. Louisiane voudrait être aimable avec l'auxiliaire de justice, mais Rose fait irruption et se met «à hurler en direction de l'huissier avec son visage de folle, son regard de foll




