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Libération
Critique

A quelques jours de l'ouverture du procès Papon, l'actualité éditoriale autour de Vichy et des années noires continue de plus belle. Le devoir d'obéissance. Traditionnellement soumis au pouvoir en place, les fonctionnaires ont servi Vichy sans états d'âme . Marc Olivier Baruch, Servir l'Etat français. L'administration en France de 1940 à 1944. Préface de Jean-Pierre Azéma. Fayard, 738pp., 180 F.

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Publié le 02/10/1997 à 11h11

Peut-on encore apporter du neuf sur l'histoire de Vichy? A cette

question, Marc Olivier Baruch donne une réponse positive, l'ouvrage qu'il consacre à l'administration française durant les années sombres éclairant d'un jour nouveau le fonctionnement de l'Etat français.

Le sujet est austère bien que d'actualité, procès Papon oblige. On n'aura garde d'oublier, toutefois, que si le pouvoir vichyste décidait, des milliers d'agents relevant de l'«administration administrante» appliquaient sur le terrain les directives de l'Etat, et que le sort de la population s'est finalement joué dans l'exécution des ordres reçus. Or, démontre Marc Olivier Baruch, les fonctionnaires se sont pliés de bonne grâce aux consignes de l'ordre nouveau. La législation antisémite ne fut pas contestée et les fonctionnaires juifs prestement révoqués, les francs-maçons subissant également l'exclusion. La légalité républicaine fut ouvertement piétinée, sans provoquer d'émotion ­ et encore moins de révolte. La concentration des pouvoirs au profit de l'exécutif ne fut pas récusée ­ alors que ce processus conduisait au règne de l'arbitraire. Etonnante soumission, pourtant, dans la mesure où l'administration, élevée depuis près d'un siècle dans une culture républicaine avait somme toute fidèlement servi le régime précédent. Mais la fonction publique, relève Marc Olivier Baruch, adhérait également à d'autres valeurs. Sacralisant l'obéissance, soucieuse d'assurer la continuité de l'Etat , elle ne disposait sans d

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