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Libération
Critique

Mal à l'aise, Blaise. Lionel Duroy poursuit dans sa veine autobiographique, en substituant avec tendresse, le point de vue du père, lâche, généreux et floué par l'Histoire, à celui de l'enfant. Lionel Duroy, Des hommes éblouissants. Julliard, 272 pp., 119 F.

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Publié le 09/10/1997 à 11h35

On peut lire le roman de Lionel Duroy Des hommes éblouissants comme

une tranche de vie, une tranche bien nette entre le début du livre et sa fin prometteuse, «à suivre», comme une coupe fraîche dans l'histoire d'une génération, une famille ordinaire, trop de soucis, trop d'enfants, dont les adultes n'étaient guère armés pour faire un choix dans les guerres de leur siècle, la Seconde, mondiale, et la guerre d'Algérie. Ils s'appellent Blaise et Odile d'Audrey, huit enfants, les cinq chapitres du livre portent en titre leurs adresses successives de Bizerte à Roubaix, en passant par le plus beau Neuilly, et le plus délabré de Villetaneuse. L'histoire d'une déchéance sociale, d'une lâcheté généreuse et d'une résignation disponible. Lu de cet oeil confiant, le livre est drôle, humain, cocasse et tendre, tout empli par le caractère de Blaise, le père-copain, irresponsable et pardonnable, menteur et complice, le mari-amant, maladroit et assidu. Fauché, vendeur-représentant-placier, un bagout efficace qui se moque d'être à la hauteur de sa particule. Un don inné à tirer le mauvais numéro. Une dérive droitière inconsciente, presque innocente, entraînée par celui qui a pris la parole en dernier. Innocente et tellement coupable en ces temps tragiques entre épuration et OAS. Une généreuse capacité à admirer ceux qui se trompent. Dans ce registre, Lionel Duroy tire le portrait sans jugement de ces gens perdus par l'Histoire et leur inconscience devant cette Histoire trop compliquée pour

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