Dans de bonnes maisons de poupées, des maisons de célibataires, on
trouve sur une table basse ou un chevet, sur le rebord d'une baignoire, ce qu'on appelle un pot-pourri, des pétales séchés, des fleurs, alanguis dans une coupe, qu'on réveille en les brassant, d'une main lente plongée, les doigts légers, aveugles, frôlés d'odeurs froissées. On découvre en lisant Amor que ce geste de hasard, cette caresse de joueur qui remonte du fond du récipient des combines aléatoires de parfums et que les doigts ne peuvent retenir, ce geste répété peut devenir la structure d'un livre. Les mots brassés de nonchalance par une femme assise à la terrasse d'un bar à Venise lient leurs fragrances dans des codes poétiques que la mémoire ne décrypte jamais tout à fait.
Et à force de tourner sept fois les mots au fond des choses, il arrive qu'ils se retournent, qu'Amor devienne Roma, une autre ville, un autre livre de Colette Fellous (Denoël, 1982). Et beaucoup d'autres villes, les villes répétées de livre en livre, la géographie intime de l'auteur, Babylone, Paris, Beauvoir, Reykjavik, Roquefort-des-Corbières, et Venise. Venise. L'Italie, l'Espagne, la Tunisie, l'Islande. Des hommes.
Ils s'appellent tous Amor, ils s'appellent aussi Grégor, Théo et Joseph. Elle leur écrit à chacun une lettre, la même lettre, des encres différentes, leur fixe un même rendez-vous dans une même chambre où elle ne viendra probablement pas, des lettres qu'elle n'est pas certaine de vouloir poster. Le pot-pourri de sa mé




