Si l'on se souvient bien, la Tristesse du roi est un immense
tableau, un panneau plutôt, de trois sur quatre mètres environ que Matisse n'a pas peint, en 1952, puisqu'il ne peignait plus, mais découpé sur sa chaise roulante, dans des papiers gouachés que son assistante épinglait au mur sous les indications de l'artiste, gentiment brandies au bout de sa canne, avant qu'on les maroufle. Henri Matisse allait sur ses 83 ans. Trois personnages s'y partagent l'espace, une danseuse et deux musiciens, l'un jouant de la guitare et l'autre d'un tambourin. Pas de couronne, pas de roi, mais à force d'en savoir le titre, on finit par couronner le guitariste, au prétexte qu'il est au centre et que sa silhouette noire est piquée de fleurs jaunes, comme jadis des manteaux bleu roi fleurdelisés. De cette oeuvre aux couleurs vives et gaies, sourd une vraie tristesse qui contredit le motif, une tristesse de fatigue, de lassitude, toute contenue dans les formes lourdes, et courbes des musiciens.
Le roman de Bernard Chambaz, qui évoque dans une page ultime une reproduction du panneau de Matisse, et le désigne par son titre, réussit la même prouesse de dire la tristesse en ne racontant que des choses gaies, et la plus joyeuse d'entre elles: la naissance heureuse d'un premier enfant désiré. Le livre se construit par le récit de dix journées datées, cinq choisies dans le calendrier du printemps 1971et les autres dans les premières années quatre-vingt-dix, deux époques montées en alternance chapitre a




