En grec, le livre s'appelle To sopho paidi , «l'Enfant sage», un bon
titre puisqu'il s'agit de l'histoire d'un enfant doué de cette forme de sagesse que les Grecs prêtent à la connaissance plus qu'à la docilité, mais en français un enfant sage évoque plutôt le «fais dodo», et lorsqu'on lui dit «sois bien sage», le jeune francophone n'entend pas ce que dit le grec: «Va donc te frotter à la dure réalité de la vie, c'est bon pour ce que tu as.» Bref, comme la traduction de l'adjectif «sopho» par «sage» ne convenait pas, on en a fait, à juste titre, un nom et du nom «paidi», un adjectif , «jeune», et le tour est joué.
Ce tour que nous joue la littérature grecque contemporaine est toujours le même: au prétexte qu'on y inventa notre démocratie, au prétexte que son âge d'or classique fonda notre philosophie, que ses grandes figures politiques de l'après-guerre ont étudié en France où en Amérique , au prétexte qu'elle adhéra à l'Europe avant l'Espagne et le Portugal, on lui prête volontiers pour mieux se l'approprier tous les atours de l'Occident. Et elle les accepte pour mieux vous dévorer mon enfant. Et chaque fois tout recommence, dès que nous avons tourné les premières pages, qu'on s'est penché pour mater sous sa robe, qu'on se croit chez soi, il nous faut déchanter pour s'enchanter de plus belle. Cette littérature ne se traduit pas mot à mot, ce serait du barbarisme. Le pays réserve toujours quelque chose de pas très catholique, ni même de très orthodoxe, la Grèce est levantine,




