Victimes ou coupables? Le jugement que l'on émet sur l'attitude des
Allemands durant le IIIe Reich a sans cesse varié, de la condamnation sans appel formulée par David Goldhagen aux réponses nuancées apportées par les historiens, Ian Kershaw notamment. Le débat, parfois vif, reste ouvert, mais Pierre Aycoberry, dans un livre remarquable, permet désormais au lecteur de se mouvoir sur un terrain solide. Grâce d'abord à la parfaite connaissance de l'historiographie allemande de l'auteur, professeur émérite à l'université de Strasbourg, et ensuite à un style clair, vivant et accessible, répudiant l'invective mais ne rechignant pas à prendre parti.
Cette société, rappelle Ayçoberry, fut d'abord marquée par la violence. Parfois occultée par la réussite économique du Reich (réglant comme par magie la crise), cette terreur fut soutenue par des millions d'Allemands, enrôlés dans la SA et la SS, ou exerçant avec fougue leurs talents de délateurs. Elle conduisit à multiplier les victimes, juifs, communistes, socialistes, chrétiens, envoyés dans les camps) dont la population ne pouvait ignorer l'existence ou brutalement assassinés. Mais les haines attisées par le régime se doublaient de consensus plus positifs. Avant 1933, une partie de la population vota pour Hitler sans que l'on puisse, protestants exceptés, définir l'électorat nazi en termes sociologiques. Elle lui resta fidèle jusqu'au bout, car si le parti NSDAP fut rapidement l'objet d'un rejet, la figure charismatique d'Adolf H




