C’est la dernière phrase; elle tient tout un paragraphe, en deux mots: «Cause toujours.» On imagine le narrateur qui s’adresse à son auteur: «Cause toujours.» Ultime pose, dernière pirouette avant désespoir, last exit to silence, avec l’ironie qu’il faut pour que le sourire s’installe sans le mépris qui suit l’expression tout entière: «Cause toujours, tu m’intéresses.» C’est pourtant diablement qu’il nous intéresse, Olivier Rolin. Voilà cinq romans qu’il refuse de nous servir cette petite bière sans alcool, sans risque et sans ivresse, qui fait nos rentrées littéraires d’écoliers bien sages, les cartables trop neufs et les cahiers trop propres, ces minimums syndicaux d’écriture noire sur blanc, et rien entre les lignes, rien à l’écart de la ligne du moment.
Non, Olivier Rolin fait fort, consistant, alcoolisé, ambitieux, il ne minaude pas, il se coltine le fardeau de l'écrit, balancé à toute force sur l'épaule au risque de se faire emporter. C'est une écriture de démiurge, une genèse individuelle, un univers de survie. En trois livres, il a pris au pied de la lettre ces vieilles bibles qui veulent qu'au commencement était le verbe, et que le verbe se fasse chair. Trois livres pour refaire le monde: Phénomène futur en 1983, le puzzle éclaté d'un monde après la ruine, après le feu et le sang, un monde de cendres et d'illusions dispersées, un monde sans modèle et sans reconstruction possible, sinon sa seule trace écrite, le livre lui-même. Bar des flots noirs, 1987, le monde ne s




