Bernard Chambaz se méfie de lui même. Après le douloureux récit du
deuil d'un fils (Martin cet été, Julliard, 1994), après s'en être un peu éloigné l'année suivante, avec l'Orgue de barbarie (Seuil, 1995), cette guerre d'Algérie où l'on meurt aussi à 20 ans, après y être revenu avec la Tristesse du roi (Seuil, 1997), Chambaz s'est méfié de lui-même et, pour n'y plus revenir, il a mis un siècle et une planète entre lui et son chagrin: l'histoire se passe en Australie à la veille de 1900, et l'affaire Dreyfus vue de Perth, ce n'est pas rien. Un siècle et un monde,? sera-ce suffisant?
Chambaz est historien, l'érudition, la connaissance est le creuset de sa langue mais ne la dévore pas, son premier livre, celui d'avant le chagrin, l'Arbre de vie (François Bourin, 1992) avait su nous enchanter à ce jeu de saute-génération. On retrouve, avec le Pardon aux oiseaux, la rugosité des campagnes du siècle dernier, ce monde d'hommes taiseux, solides et fantasques, ces caractères à la fois rugueux et sensibles, dont l'oeuvre et le devoir semblent se résumer à se passer, de père en fils et la tête haute, le relais du temps qui fuit ou la corde pour se pendre. Cette fois, le père est veuf et les fils sont trois, Marius, Mathieu et Maxime. La mère est morte foudroyée, on n'a pas pu desserrer sa main, on cite ici une longue phrase parce qu'une courte ne suffirait pas à dire le souffle du conteur: «Au jour de l'enterrement quand il était tombé des grêlons si gros qu'en plein mois d'août le cimet




