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Critique

Les contes de la piscine après la pluie La Japonaise Yôko Ogawa se tient à l'écart, nomme à peine les choses et construit des récits qui partent de l'imaginaire pour rejoindre la réalité. Yôko Ogawa Le Réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, suivi de Un thé qui ne refroidit pas. Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Actes Sud, 120 pp., 68 F jusqu'au 31/12/98, puis 85 F.

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Publié le 08/10/1998 à 13h40

Jusqu'en 1991, Yôko Ogawa ne publia que de courts récits, les deux

que contiennent ce volume (le Réfectoire un soir et une piscine sous la pluie et Un thé qui ne refroidit pas) sont les derniers de la série, ils ont été publiés au Japon en 1990 et 1991, année où l'auteur reçut le prix Akutagawa, attribué à un texte de moins de cent pages de quatre cents caractères chinois. Depuis, elle se consacre à des ouvrages de plus de trois cents pages dont nous attendons la traduction. Actes Sud vient de réunir dans sa collection de poche Babel les trois autres courts récits de Yôko Ogawa, la Piscine, les Abeilles et la Grossesse.

Yôko Ogawa est une provinciale, elle vit à la campagne près d'Okayama, et tous ses textes traduits sont habités par l'étrangeté de son expérience d'étudiante à Tokyo, ville qui exerça sur elle une énergie centripète au point qu'elle évite d'y retourner. Ses livres sont présentés comme des récits où, nous a-t-elle dit, elle exerce «le droit de mentir», des récits, donc, non pas parce qu'ils décrivent une simple réalité, mais parce qu'ils partent de l'imaginaire pour tenter de rejoindre cette réalité. Ogawa écrit à reculons, s'en excusant presque, l'air de ne pas y toucher, de ne pas toucher au monde, de peur d'en remuer une boue qui la dépasserait. Elle se tient à l'écart, nomme à peine les choses, les gens (dans le premier texte, ils n'ont pas de nom, sinon le chien, Juju). Et pourtant de ses phrases, d'une simplicité cérémonieuse, monte une sourde angoisse, i

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