«J'écoute le bruit que fait mon sang, et la pluie battante. Je
recrache le goût de la terre. J'attends la nuit pour me délivrer encore de toutes ces forces.» On avait quitté voici un an Dominique Sampiero sur ces courtes phrases, les dernières de la Lumière du deuil, avec la vague culpabilité de ne pas pouvoir rendre compte de tous les textes qu'on aime, et la petite consolation d'espérer qu'on se retrouverait. La première phrase disait toute la vanité de l'écriture, son sacrilège et sa nécessité: «Ecrire alourdit la légèreté des êtres parce qu'elle la rend visible tout à coup.» Une femme était morte, de chagrin, d'abandon, d'avoir planté une aiguille à tricoter dans son ventre engrossé. Un texte bref, léger et alourdit de mots simples, un des textes les plus longs de l'auteur, sa bibliographie féconde engendre au principal des poèmes, nous ne savons pas ce que sont ces poèmes, nous devinons que sa prose en est grosse, et voilà qu'on se retrouve, sur la même longueur d'onde, soixante pages, sous la même couverture jaune cadmium des éditions Verdier, le Dragon et la ramure, pour une enluminure à l'ancienne, un autre pieu planté dans le plein coeur des hommes.
Le texte commence par où il finira, par où nous finirons, dans le saloir du monde: «Peu à peu mon corps est devenu blanc, livide comme la neige des cierges, le sel a pénétré doucement les pores, je ne sens aucune brûlure, j'ai vu ma chair rosir au fil des jours, et Agate se pencher, en pleurant sur moi, me retourner dans m




