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Critique

La France coupée en Dieu. Trois ouvrages sur l'attitude de l'Eglise et des fidèles pendant la Dernière Guerre. De la déférence à la résistance, panorama d'itinéraires contrastés.

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Publié le 05/11/1998 à 16h30

Le 30 septembre 1997, l'Eglise de France, lors d'une cérémonie

solennelle organisée à Drancy, reconnaissait les «erreurs et défaillances» du clergé durant les années sombres. Le culte pétainiste auquel sacrifièrent de nombreux prélats, l'appui qu'apporta le clergé au régime vichyste invitent à ratifier cette «repentance». Mais le regard que portent aujourd'hui les historiens oblige à l'amender.

Non que le clergé n'ait massivement soutenu l'Etat français. Forte du dépouillement de nombreuses archives, Michèle Cointet rappelle ainsi la force des connivences unissant le clergé au maréchal Pétain. 51 évêques sur 96, combattants de la Grande Cuerre, conservaient un souvenir ému du vainqueur de Verdun. Le discours maréchaliste, prônant l'expiation et le respect des valeurs familiales, s'accordait à une sensibilité catholique encensant le goût du sacrifice (le culte croissant voué à sainte Thérèse de Lisieux le confirme) et déplorant le déclin des antiques vertus. Sur cette base commune, les deux forces pouvaient travailler de concert, d'autant qu'elles vouaient une même hostilité à une IIIe République fondée sur la laïcité. Vichy ne ménagea donc pas sa peine pour séduire le clergé et accepta sans barguigner la reconstitution des congrégations, la suppression des Ecoles normales, l'octroi de fonds publics aux écoles privées. En retour, les évêques s'abstinrent de critiquer l'Etat français, acceptant, dans un coupable silence, d'entériner sa politique antisémite même si, ici ou là, qu

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