«Ma mère est un continent, comment l’atteindrai-je?» Inconsolable, la narratrice a perdu sa mère, et «le deuil dure»: comment en venir à bout autrement qu’en écrivant sur la disparue? «Ecris, m’a dit ma mère, mais la mémoire, c’est elle, elle aussi la révolution, le risque, la fièvre, l’expérience de l’échec, et le mot caché qui dévoile.» Cinquième livre d’Yvonne Baby, auteur de Oui l’espoir (prix Interallié 1967) et de Kilroy, et qui dirigea le service culture du Monde de 1971 à 1986, Ma Mère et le ciel, très vite est le récit fractal de ce travail de deuil. Deux parties le composent: une première, faite d’éclats de mémoire, de fragments de vie, reconstitue l’itinéraire de cette mère, juive polonaise ayant connu les pogroms, militante socialiste du Bund dans sa jeunesse errante et batailleuse, réfugiée en France et fuyant l’occupant nazi, nourrissant sa fille «d’Europe centrale, d’Internationale et d’antifascisme, de ces destins cosmopolites qui se réinventent». Bien des années plus tard, malade, elle dira à sa fille: «Quoi qu’il arrive, je mourrai révolutionnaire, crispant son poing contre ma paume désarmée.» Entretemps, dix-huit membres de la famille ont été exterminés par les Allemands, et elle ne cesse de compter ses morts, de les recompter: dix-huit, comme le jour de naissance de sa fille, un dix-huit. Et celle-ci écrit: «Ce chiffre irrémédiable irradie et me hante, par secousses historiques.» Après une longue agonie, la mère meurt. Celle que sa fille croyait immorte
Critique
Etoile de mère
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En prose mais aussi en vers, un livre-prière d’Yvonne Baby pour une mère disparue.
Publié le 24/12/1998 à 17h27
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