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Critique

La navette du navet. Ne se séparant jamais de son navet, Jacques Jouet consacre chaque jour, depuis le 1er avril 1992, un poème au légume. Publication des trois premiers volumes. Jacques Jouet, Navet, linge, oeil-de-vieux. POL, 3 volumes, 938 pp., 350 F (tirage de tête, 800 F, accompagné d'un «poème adressé»).

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Publié le 31/12/1998 à 17h59

Prenez un navet, un petit linge, et procurez-vous un oeil-

de-vieux. Les dictionnaires vous ap-prendront que c'est une optique utilisée par les peintres. Muni de ces trois objets, vous pourrez commencer un long, long poème. C'est ce qu'a fait Jacques Jouet en 1992, plus précisément le 1er avril. Il venait de décider d'écrire chaque jour une poésie, et poursuit toujours ce programme. Jouet n'imaginait pas, alors, la possibilité de publier ce travail qu'il considérait comme marginal. C'est POL qui le lui a arraché des mains. Il en publie aujourd'hui les trois premiers volumes.

«L'idée, explique Jacques Jouet, était de partir sur une nature morte de peintre. Le linge, c'est un linge jaune, une serviette en lin, toute simple, l'oeil-de-vieux, c'est un petit objet, une loupe inverse, elle réduit, quant au navet, c'est un légume qui ne pourrit pas, qui a en quelque sorte une mort propre, quasiment géologique, et surtout qui se modifie tous les jours.» Ce dispositif minimal, qui ne relève, dit-il, d'aucune contrainte oulipienne, avait surtout la vertu d'être portatif. Il l'a ainsi accompagné dans ses diverses villégiatures, et a fait de nombreuses navettes dans le train, ce qui a dû plonger dans la perplexité plus d'un voyageur qui, au lieu du traditionnel ordinateur portable, voyait le poète installer son autel portatif à la poésie sur les tablettes en plastique du TGV.

Ce microcosme a comme première vertu son humour et sa légèreté. Si le navet n'a d'existence qu'à partir de ce qu'i

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