In situ sont deux mots latins qui signifient «en place»,
l'expression s'oppose à in vitro, «dans le verre», c'est-à-dire en milieu artificiel; vidéo aussi est un mot latin, il figure cinq fois dans la deuxième page du texte, dont trois dans «vidéosurveillance», il veut dire «je vois». Ce que «je vois» dans la vidéo, sur l'écran, est à proprement parler «in vitro», derrière la vitre, plutôt qu'«In situ», comme l'indique le titre du livre. Et le premier livre de Patrick Bouvet ne dit rien d'autre que cette contradiction entre le réel de situation (in situ) où des individus ou des groupes tentent d'exercer leur liberté d'être, jusqu'à la révolte, et la coercition d'un Big Brother cathodique à vouloir tout soumettre dans un monde de verre aux coins carrés, in video veritas.
On dit «le livre» de Patrick Bouvet, comme le fait l'éditeur, car, d'évidence, le mot roman ne lui convient pas. A feuilleter les pages en ventilateur sur le gras du pouce, l'organisation typographique tente de le présenter comme un long poème avec ses lignes courtes en drapeau, souvent réduites à un seul mot, tantôt justifiées par la gauche du texte, tantôt au fer à droite, sans majuscule (sinon aux noms propres) ni ponctuation (sinon guillemets et parenthèses). On se dit même que, si le texte était imprimé de façon cursive, il disparaîtrait. On essaie sur deux ou trois pages. Il ne disparaît pas. Il s'adoucit, il atténue le sentiment d'oppression qu'il avait installé et ramène le lecteur à l'essence même de l




