Avant que vous le teniez pour fou (vous auriez tort), sachez que
Rober Racine a toujours voulu être écrivain. Ecrivain ou compositeur. Disons qu'il a toujours hésité, hésite encore entre écrivain et compositeur. Depuis qu'il connaît l'oeuvre de Robert Schumann, poète et musicien, il dit que cela a «légitimé mon indécision». Racine a commencé par désécrire, toute une adolescence à perdre le T final de son prénom, en usant sa signature jusqu'à ce que les deux R se télescopent, des années pour perdre une lettre, lui qui recopia tout Flaubert. «Un jour, je raconterai l'histoire de ce T disparu, ce qu'il est devenu, comment il est peut-être le point de départ de mon travail, c'est presque une croix, vous savez.» En fait de musicien et d'écrivain, Rober Racine est classé et connu parmi les artistes visuels, les plasticiens.
En 1978, il a 22 ans et hésite encore. Racine tombe sur une des partitions des 52 mesures des Vexations d'Erik Satie; dans la marge, le compositeur avait écrit: «Pour jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable dans le plus grand silence et par des immobilités sérieuses.» Ce ne sont pas des provocations à mettre sous l'oeil d'un Rober Racine: le 4 novembre 1978, à 9 h 30, selon le récit d'un témoin, «à jeun depuis la veille et bourré d'antidiurétiques, face à un public sceptique, Rober Racine attaque en solitaire ce massif musical in exploré de 43 680 mesures (840 fois 52)». Une série de concerts qui, selon le tempo, peuvent durer e




