Saint-Placide envoyé spécia
En 1978 paraissait Passer l'hiver, des entretiens de François-Régis
Barbry avec Gilles Vigneault, poète et chanteur emblématique du Québec, propos recueillis à Natashquan, le village natal de Vigneault sur la côte nord du Saint-Laurent. Vingt ans plus tard, Jean Royer reprend langue avec Vigneault, chez lui, à Saint-Placide, dans les cantons de l'Ouest où réside le chanteur. Ces entretiens sont aujourd'hui réunis. Entre les deux, de l'eau a passé sous le pont Jacques-Cartier, les souverainistes ont perdu deux référendums (Vigneault dit referenda, pour le plaisir du latin), de l'un à l'autre ils ont appris à perdre et s'apprêtent à gagner. Et l'an dernier, on a ouvert la route entre Tadoussac (grand sac) et Natashquan, une autre révolution paisible, 1 352 kilomètres depuis Montréal pour se rendre là où seuls, naguère, se posaient les avions, s'amarraient les bateaux depuis trois siècles. Gilles Vigneault est assis en face de vous au Restaurant de l'Anse, à l'horizon du lac gelé. Il placote. Il jase.
La route: «Moi, je suis pour, la route est un moyen de communication, j'aime la communication, en espérant que ça ne nous amène pas trop de touristes, et puis même c'est tant mieux, c'est la fin d'une insularité approximative.» A ce moment, Gilles Vigneault, feignant, l'oeil malicieux, que c'est la suite de sa phrase, récite in extenso la fable de La Fontaine l'Ours et la Mouche (voir vos classiques).
L'âge: «J'ai 70 ans. J'aime chanter, les gens viennent.




