Les traditions de la Wehrmacht se seraient-elles perdues dans la
steppe russe? Les généraux allemands, après 1945, ont volontiers prétendu que les massacres commis à l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale avaient été provoqués par les tristes réalités d'un conflit meurtrier quand ils n'en reportaient pas la faute sur la SS. Le sens de l'honneur et la correction auraient donc régné dans une armée qui, honorant les traditions de Moltke, avait toujours mené «la guerre sans haine» pour reprendre le titre que le maréchal Rommel donna à ses carnets. Un jeune universitaire américain, Omer Bartov, apporte pourtant un cruel démenti à cette thèse rassurante, déjà bien écornée par l'enquête de Christopher Browning (Des hommes ordinaires, Belles Lettres 1994) sur le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la «solution finale» en Pologne. Que l'armée allemande ait multiplié en Russie les massacres de civils assimilés en bloc à la lèpre judéo-bolchévique ne faisait au vrai guère de doutes. Mais les explications données à ce déchaînement barbare demeuraient un peu courtes. A moins de considérer que les Allemands fussent dans leur masse gangrenés par l'antisémitisme thèse défendue par David Goldhagen. Ou qu'ils aient tout bonnement répliqué, par une violence inouïe, à la terreur déchaînée par les Soviétiques affirmation que reprennent des historiens allemands révisionnistes, prompts à affirmer que la guerre à l'Est visait à répliquer préventivement à la cruauté du c




