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Libération
Critique

Mémoire d’Outremonde

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Plongeant dans un demi-siècle d’histoire américaine, Don DeLillo retrouve pour la première fois le Bronx de son enfance et sonde une société déréglée par l’impact de la guerre froide et la menace nucléaire.

Publié le 01/04/1999 à 0h32

Entendre Don DeLillo, d’une voix indifférente, évoquer l’ordinaire de sa vie d’écrivain dans une lointaine banlieue résidentielle semblable à celles qu’il décrit dans Outremonde («j’aimais la façon dont l’histoire ici ne se déchaînait pas») ne fait qu’attiser un peu plus notre curiosité. Comment le résident du comté de Wetschester, éloigné des passions de son temps, rassemble-t-il la matière de son impressionnante construction littéraire, si foisonnante et si parfaitement informée qu’elle devient aussi oppressante que le monde qu’elle représente? A quoi songe-t-il quand il se tient au silence entre deux romans? D’où surgit l’ambition non dissimulée de composer un «grand roman américain», si ce n’est le plus grand? Et la force implacable avec laquelle il la met en oeuvre? Il existe quelques indices que l’écrivain secret livre lui-même en pâture. Comme celui-ci, livré à un chroniqueur du New Yorker: un passage du journal de John Cheever qui l’a longtemps travaillé et qui éclaire en partie l’entreprise monumentale d’Outremonde par le pari qu’il suggère: «La tâche d’un écrivain américain, notait l’auteur de Falconer, n’est pas de décrire les états d’âme d’une femme adultère regardant la pluie à travers les carreaux, mais 400 personnes sous les projecteurs se précipitant pour attraper une balle, ou le léger tonnerre quand 10 000 personnes rejoignent la sortie, le sens des jugements moraux incarnés dans une immensité migratoire.»

DeLillo tient l'écriture pour un défi («challen

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