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Libération
Critique

L'édition aux urgences

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Pour l'éditeur américain André Schiffrin qui dénonce dans son pays les conglomérats et la «censure de marché», seule l'Europe peut encore sauver une édition indépendante, garante de démocratie.

Publié le 06/05/1999 à 1h15, mis à jour le 06/05/1999 à 1h15

C'est un véritable cri d'alarme que lance André Schiffrin dans l'Edition sans éditeurs: en dix ans, écrit-il dans ce bref essai percutant, l'édition mondiale a plus changé que pendant le siècle qui a précédé. Alors qu'elle était restée jusque là une activité «fondamentalement artisanale» et familiale, les entreprises qui la composent ont peu à peu été rachetées par des grands groupes internationaux, d'immenses holdings régnant dans les mass média et l'industrie de divertissement. Du fait de ces conglomérats, «l'édition a été couchée dans le lit de Procuste» et les maisons rachetées «ont peu à peu été amputées de leurs ouvrages sérieux ou destinés à l'enseignement» ou ont été totalement restructurées, quand elles n'atteignaient pas les bénéfices attendus. Ce phénomène est particulièrement sensible aux Etats-Unis où 80% des livres sont désormais publiés par les cinq conglomérats qui contrôlent le secteur mais menace également l'Europe, notamment la France où deux groupes (Hachette et Vivendi-Havas) représentent 60% de la production. Il est également à l'origine d'une forme particulièrement pernicieuse de censure, la «censure de marché», qui fait que la décision de publier est de plus en plus prise par les financiers et les commerciaux à la tête de ces conglomérats, et de moins en moins par les seuls responsables éditoriaux. Soumise à des exigences drastiques de rentabilité tout en vivant au dessus de ses moyens (les salaires de ses dirigeants et les à-valoir accordés aux

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