Sur la photo d'auteur de l'édition américaine, avec ses cheveux
gras, sa barbe de douze jours et sa taille enrobée, Charles Frazier ressemble de façon troublante au héros éponyme du dernier film d'Hal Hartley, Henry Fool . On y songe d'autant plus que les ruminations du film étaient sur le succès littéraire, le pouvoir qu'une vision individuelle et artistique peut avoir sur des milliers ou millions de gens même encore aujourd'hui, en plein empire du virtuel et autres sornettes Lucas-couilles. Le succès de Cold Mountain est évidemment un nanan pour presse People ou Publishers Monthly: obscur prof de Caroline du Nord passe quatre ans à écrire long opus tout en se faisant entretenir par sa femme (prof de gestion, qui a pris la photo évoquée ci-dessus). Livre vendu par agent néophyte (pour une somme à cinq zéros quand même), acheté par une directrice littéraire qui n'en était pas une à l'époque (elle vendait des droits subsidiaires dans la boîte); premier tirage prudent de 25 000, Atlantic Monthly Press n'espérant en vendre au mieux que 40 000. Bouche-à-oreille dans les librairies du terroir (Raleigh, Charlotte, etc.), puis feux de brousse. Cold Mountain est cette double rareté: un best-seller véritable, plébiscité par la base, puis reconnu par les critiques montés en marche, puisque le livre a finalement coiffé l'archi-favori de l'année 97 au National Book Award, Underground de Don DeLillo. Cette histoire est d'autant plus étonnante qu'il s'agit d'un livre dense, lent, et (nom




