Il rit toujours avec les yeux, Touki. Mais l'âge, aujourd'hui, les a
presque clos, réduits à deux fines fentes. Du coup, leur malice irise tout le visage, qui «en s'enveloppant, a pris l'énigmatique (sarcastique) bienveillance de certains masques du Tibet» (1). Si on lui demande qui il est, il peut juste hocher la tête, comme le paysan qui en sait long mais ne dit rien, ou bien, questionnant la question, et les présupposés et le pourquoi et le comment, dire un mot jamais entendu, puis deux, puis trois, puis mille, et, oubliant le temps, par tours et détours refaire à rebours tous les voyages de pensée! Mais on sait bien, au fond, qui est Touki: un Socrate qui fume la pipe, place des Palmiers, dans la vieille ville d'Ajaccio.
Jean-Toussaint Desanti publie ces jours-ci Philosophie: un rêve de flambeur. Chose rare. Car si Touki, comme l'ont appelé des générations d'étudiants, occupe depuis longtemps la scène philosophique aux avant-postes politiques jadis, plus en retrait aujourd'hui, maître sans école, à l'influence secrète il n'a en plus d'un demi-siècle d'activité donné que six ou sept ouvrages. C'est que, un peu chat, il aime faire semblant de dormir, et profiter, confortable, du rai de soleil qui réchauffe le fauteuil. Et, comme Socrate, qu'il rechigne à écrire, ne s'explique que s'il est sommé de le faire les trois cents pages d'Un Destin philosophique (2) répondent à deux brèves lettres de Maurice Clavel et si quelque Hippias, un Glaucon ou un Théétète permettent à