Jean-Yves Cendrey a changé d'éditeur, Jean-Yves Cendrey n'a pas changé. Ses vivants vont vite, ils se précipitent, s'empressent au bord de gouffres aveugles, se heurtent aux encoignures, emportent leurs destins tordus, avortés par l'ignorance, vers des morts certaines, des malheurs annoncés. La violence leur sert de langage et la fuite en avant d'énergie. Ils n'ont hérité de rien, sinon de la douleur, ni d'espérance, ni de morale, ils n'ont rien à transmettre dans la course de relais des générations perdues, sinon ce bâton merdeux de l'existence, juste de quoi donner des coups et en recevoir.
Jean-Yves Cendrey a quarante-deux ans, il vit en Normandie, vous le verriez passer à bicyclette dans le travers de son village, la bêche à l'épaule vers ce grand potager repris à la forêt, ensemencé de sueur et fierté, le buste droit et l'oeil vif, il a l'air d'un sage, d'un père et d'un mari aimant. Il l'est. Mais les vrais sages sont des fous repentis, et les bons vivants, les meilleurs vivants, des ressuscités.
Jean-Yves Cendrey ne raconte pas sa vie, ni dans les journaux, ni dans ses livres. Il laisse parfois tomber des phrases lourdes, «J'ai été élevé à coups de rangers», ou «Il faut rester vigilant, la folie rôde, mon enfance aurait dû me rendre fou, j'aurais dû devenir comme ces paumés de mes livres, fou furieux». Puis il passe à autre chose, qui n'est pas tout à fait autre chose: «J'ai eu la chance de lire des livres.» D'en lire et d'en écrire, de rencontrer et vivre avec un écriv




