Dix ans après sa publication aux Etats-Unis (1) paraît en traduction
française la monumentale biographie du peintre Jackson Pollock qui valut à ses auteurs, Steven Naifeh et Gregory White Smith, de recevoir le prix Pulitzer, l'un des plus prestigieux aux Etats-Unis. L'entreprise fut menée tambour battant par les duettistes qui travaillèrent pendant huit ans à réunir une masse impressionnante de documents. Pollock n'écrivait guère lui-même, il n'a laissé aucun journal et à peine une douzaine de lettres. Sa femme Lee Krasner, peintre elle aussi, préférait communiquer, comme son mari, par téléphone. Les amis de l'artiste se souviennent encore de conversations interminables, véritables monologues, où l'inventeur du dripping confiait ses tentations suicidaires. Naifeh et Smith ont interrogé Krasner, ses deux soeurs, trois des frères Pollock et quantité d'artistes en relation avec lui. Il en sort un ouvrage truffé d'anecdotes particulièrement salées. Ainsi celle de la nuit passée en compagnie de Peggy Guggenheim: «véritable omnivore sexuelle, [elle] appréciait les hommes, les femmes et même, si l'on en croit un récit particulièrement crapuleux, les chiens» (p. 431). La nuit d'amour se solda par un fiasco, les prouesses sexuelles de Pollock étant en général pitoyables, et Peggy en rapporta plusieurs versions selon lesquelles «il s'était endormi, (") il avait vomi ou uriné dans ses draps ou (") il avait jeté ses tiroirs par la fenêtre» (id.). Si cette biographie se contentait de co




